Document 4 : Une grande variété de principes de justice

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Toute une tradition d’enquêtes sur la rémunération des professions renseigne (pour les sociétés développées) sur les principes de justice retenus par les personnes pour évaluer l’équité des rémunérations. Dans ces enquêtes, on demande à un échantillon de personnes d’indiquer quelles rémunérations leur sembleraient justes pour une série de professions, la liste de celles-ci étant choisie de manière à couvrir la gamme des emplois possibles. Des enquêtes de ce type ont été faites de manière répétée et dans nombre de pays. Les résultats en sont très convergents. […]

L’égalitarisme est rejeté dans tous les pays. Partout, les personnes considèrent que des emplois à statut élevé, demandant éducation et qualification, doivent être mieux rémunérés que les emplois ordinaires. L’ordre entre les professions est très stable, d’une personne à l’autre, et d’un pays à l’autre. Le montant de l’inégalité acceptée varie toutefois selon les personnes et selon les pays. […]

Quelles différences observe-t-on suivant les caractéristiques des individus ? S’il y a peu de différences d’opinion sur les professions de bas statut, les différences sont nettement plus fortes pour les professions à haut statut : les personnes âgées les rémunèrent mieux, ainsi que les personnes les plus riches. Les personnes les plus riches sont également plus généreuses avec les personnes ayant un emploi ordinaire, elles sont même plus généreuses que les personnes les plus pauvres elles-mêmes. Au total, il y a donc consensus sur le fait que la qualification, l’éducation, les efforts, la complexité du travail, les responsabilités, etc. méritent d’être récompensés. Mais il y a désaccord sur le montant de la récompense. Les personnes aisées, les gens se plaçant à droite de l’échiquier politique, croient que cela mérite des récompenses nettement plus élevées que ne le croient les personnes moins aisées et qui se situent politiquement à gauche. L’ampleur de l’inégalité et l’ampleur de sa réduction souhaitée sont ainsi un thème important du conflit politique, chaque camp croyant dans la justice de ses positions.

Olivier Galland et Yannick Lemel, Sociologie des inégalités, chap. 5 : « Les inégalités entre groupes sociaux et les sentiments de justice », 2018

 

Questions :

1. Les auteurs évaluent, à l’aide d’enquête, « les principes de justice retenus par les personnes pour évaluer l’équité des rémunérations ». Que signifie le terme d’équité ?

2. Expliquez en quoi on peut affirmer que les individus interrogés rejettent l’égalité des positions.

3. Selon vous, quelle est la forme d’égalité décrite dans le passage souligné ?

4. Cette forme d’égalité est-elle acceptée par tous avec le même degré d’intensité ? Justifiez.

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1. Les auteurs évaluent, à l’aide d’enquête, « les principes de justice retenus par les personnes pour évaluer l’équité des rémunérations ». Que signifie le terme d’équité ?

L’équité est un principe selon lequel il convient de corriger les inégalités que subissent des personnes ou des groupes défavorisés pour assurer la justice sociale. Ce principe suppose que des inégalités en droit peuvent exister, si elles permettent d’assurer l’égalité des chances. Une équité des rémunérations suppose ici que chacun soit rémunéré selon son mérite, et les efforts fournis.

2. Expliquez en quoi on peut affirmer que les individus interrogés rejettent l’égalité des positions.

On peut affirmer que l’égalité stricte des positions est rejetée comme principe de justice sociale, car les individus interrogés acceptent l’existence de salaires différents selon les professions, le salaire dépendant du niveau de qualification et des efforts fournis. Dans le texte, les auteurs précisent que « les personnes considèrent que des emplois à statut élevé, demandant éducation et qualification, doivent être mieux rémunérés que les emplois ordinaires ».

3. Selon vous, quelle est la forme d’égalité décrite dans le passage souligné ?

Il s’agit de l’égalité des chances : chacun doit avoir la possibilité d’être récompensé selon son mérite.

4. Cette forme d’égalité est-elle acceptée par tous avec le même degré d’intensité ? Justifiez.

Non, les auteurs expliquent que les personnes aisées et les personnes se plaçant à droite de l’échiquier politique accordent une importance plus grande à l’égalité des chances que les personnes se situant à gauche ou moins favorisées. La vision de l’égalité est donc influencée par la sensibilité politique et par la situation socio-économique de l’individu.