La concurrence favorise la croissance et, probablement, l’égalité́. La croissance, parce qu’elle mène à une production et un taux d’emploi plus élevé́ ; l’égalité́, parce que la concurrence fait augmenter les salaires et diminue les marges bénéficiaires. Ainsi, dans une économie concurrentielle, les revenus du capital financier (dividendes, rachats d’actions) sont faibles comparés aux revenus du travail. Dans la mesure où le capital financier (détention de créances, essentiellement des actions et des obligations) tend à être réparti plus inégalement que le capital humain (votre travail et votre éducation), il s’ensuit qu’une économie concurrentielle sera vraisemblablement moins inégalitaire.
Avant d’aborder les relations plus complexes entre concurrence et inégalités, arrêtons-nous un instant pour définir le terme « rente » tel qu’on l’utilise en économie. Une rente est un paiement que reçoit le possesseur d’un actif (humain ou physique, matériel ou immatériel) en sus du coût de reproduction ou de recréation de celui-ci. Par exemple, si un bien produit pour 10 euros est vendu 15 euros parce qu’il est protégé́ par un brevet, alors la rente du détenteur ou de la détentrice du brevet s’élève à 5 euros.
Certaines rentes sont protégées par des restrictions artificielles. Par exemple, des lois draconiennes encadrant l’octroi de licences professionnelles de façon à restreindre l’entrée dans certaines professions : ces lois protègent de la concurrence ceux qui détiennent déjà̀ une licence, leur permettant de pratiquer des tarifs plus élevés. Quand les économistes parlent de « recherche de rente », elles et ils font référence aux tentatives d’individus ou de groupes d’influencer les politiques publiques pour créer ou améliorer ces obstacles artificiels en leur faveur. Ce terme n’a pas nécessairement une connotation morale : il est rationnel de protéger ses rentes, cela ne fait pas de vous quelqu’un de mauvais. En revanche, cela mène souvent à de mauvaises politiques.
L’interaction entre rentes et inégalités implique que la concurrence ne réduit pas toujours les inégalités. En effet, elle peut nuire à certains accords de répartition des revenus. Par exemple, une entreprise peut décider de partager une partie de ses rentes avec son personnel. La concurrence peut réduire ces rentes et, ainsi, faire indirectement du tort à certains travailleurs et travailleuses. De même, la concurrence pour attirer les talents peut rehausser drastiquement les revenus de certains groupes.
Néanmoins, dans l’ensemble, il n’est pas évident de trouver des exemples où la concurrence intérieure (entre entreprises d’un même pays) nuit aux pauvres et à la classe moyenne, alors qu’on trouve facilement des manifestations de ses bienfaits (vente au détail et compagnies aériennes low cost, concurrence dans les télécoms, etc.).
Source : © T. Philippon, Les gagnants de la concurrence, quand la France fait mieux que les États-Unis, Seuil, 2022.
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