Fanny Parise
Slate.fr, 17 août 2016
Ethnologue, Fanny Parise a conduit de janvier à avril 2016 une étude auprès de chauffeurs Uber à Paris et dans la région parisienne. Il s’agit d’une enquête qualitative réalisée auprès de 20 chauffeurs par le biais d’entretiens semi-directifs, portant sur le lien entre trajectoires de vie et perceptions du métier de «chauffeur Uber».
La fatigue des banlieues a conduit différentes catégories de jeunes à vouloir s’en émanciper. Travailler non plus en périphérie mais dans le centre-ville, ne pas travailler avec des chaussures de sécurité mais avec de beaux habits, passer ses journées à rouler ou à «zoner» dans de «belles voitures», côtoyer la classe supérieure, participent à convaincre un public en précarité ou en descente sociale, de débuter une activité de chauffeur.
(…)
Une tension se dessine entre les aspirations liées à ce changement d’activité et la réalité du quotidien. Dans leurs anciennes vies, ils étaient au chômage, manutentionnaire, chauffeur/livreur, vendeur, mécanicien et cultivaient un entre soi populaire. Dans leurs nouvelles vies, ils voulaient gagner plusieurs milliers d’euros par mois, travailler moins et se rapprocher des classes supérieures qui, pour eux, renvoient l’image de la réussite sociale à laquelle ils aspirent. En pratique, cette mixité sociale apparente, nous renvoie vers un principe de lutte des classes moderne: deux classes sociales cohabitent mais elles rendent compte d’un clivage de plus en plus hermétique.
(…) L’étude révèle que devenir chauffeur Uber répond à une volonté de socialisation anticipatrice pour ces individus. Malgré des profils hétérogènes de chauffeurs, un invariant est présent: faire le choix de cette reconversion professionnelle apparaît comme la seule solution pour s’en sortir. Uber cristallise les espoirs d’une jeunesse en perte de repères et avide de reconnaissance. Cette volonté de s’en sortir se heurte en pratique à la dure réalité du métier et à la rencontre avec l’Autre. Un Autre tantôt détesté, tantôt idéalisé, mais un Autre qu’on a envie d’être et que l’on ne peut être.
http://www.slate.fr/story/121453/uber-capitalisme-banlieusard
Questions :
1) Qu’est-ce que la socialisation ?
2) Qu’est-ce qu’une instance de socialisation ? De quelle instance de socialisation est-il question dans ce texte ?
3) Quelles normes et quelles valeurs doivent intégrer les jeunes chauffeurs Uber
4) Qu’est-ce que la socialisation anticipatrice ?
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1) Qu’est-ce que la socialisation ?
La socialisation est un processus d’apprentissage de règles sociales et culturelles. Les individus intègrent progressivement les normes et les valeurs dominantes de la société et ceux de leurs groupes sociaux.
2) Qu’est-ce qu’une instance de socialisation ? De quelle instance de socialisation est-il question dans ce texte ?
Une instance de socialisation est un agent ou institution qui met en œuvre un processus de socialisation, de transmission de valeurs et de normes.
La famille, l’école, le travail, les groupes de pairs, etc.) sont des instances de socialisation. Dans ce texte, la socialisation secondaire va se dérouler dans l’univers du travail.
3) Quelles normes et quelles valeurs doivent intégrer les jeunes chauffeurs Uber
Pour faciliter leur insertion professionnelle, les jeunes chauffeurs intègrent les normes et les valeurs de leur clients : beaux habits, voitures de luxe, normes de politesse, vocabulaire, etc.
4) Qu’est-ce que la socialisation anticipatrice ?
La socialisation anticipatrice est l’incorporation, par avance, de normes et de valeurs, en vue de l'intégration dans un groupe social différent du sien.